Soirée d'inauguration de Yékri Editions au Café Papier
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Yékri Editions : « Ne cessons jamais de nous écrire »

Tessa Naime
29 avril 2026

Des rires, des parenthèses et des silences ; ou sinon l'écho d'un masque Yékri, imposé sur une longue bannière… Une ambiance chaude, jaune et un peu colorée, où tout donnait à se sentir proches, le Café Papier a su transpirer de notre essence, ce samedi 11 avril, lorsque nous avons inauguré la maison, Yékri Editions. Et nous l'avons inauguré auprès d'un nombre important de lecteurs.rices, d'auteur.es, de partenaires, d'acteurs.rices culturels, des plus curieux.ses aux plus engagé.es !

Ce soir-là, devant une « foule » attentive, nous avons rappelé l'engagement de notre ligne éditoriale et l'enrichissement de notre catalogue, constitué d'œuvres portées sur des réflexions intellectuelles, marxistes, décoloniales. Nous avons réitéré notre ambition d'accompagner des voix radicales, plutôt marginales, connues ou méconnues, fières d'affirmer et de porter un regard décolonisé sur nos cultures, nos histoires et nos territoires. Jacques Roumain, Anna J Cooper, Anténor Firmin, pour ne citer qu'eux… Des auteurs(rices) qui ont pris la plume dans des contextes socio-politiques particuliers pour « se risquer » et poser des actes fondateurs.

Soirée d'inauguration de Yékri Editions, Café Papier
Soirée d'inauguration de Yékri Editions, credits photo : Terrence Skuuw

Nous avons aussi précisé que, depuis sa naissance, Yékri Editions se mobilise pour une littérature de résistance, qui a su façonner notre société, dès l'émergence de la Négritude de la pensée Nardal jusqu'aux travaux de recherches des auteur.es comme Maryse Condé, J.C Dorsainvil, en passant par les luttes de Frantz Fanon et de Suzanne Césaire que l'on oublie souvent.

Qu'aujourd'hui, ce travail se concrétise notamment à travers le développement de nouvelles collections à portée féministes et mémorielles. Et que, puisque bien trop longtemps les femmes ont été tenues à l'écart des narrations dominantes et androcentrées, nous tenons notre engagement pour la réhabilitation de cet héritage féminin intellectuel et artistique.

Que nous recensons des figures oubliées comme Ida Faubert (1882-1969), qui appartient à la première génération d'autrices-poétesses haïtiennes ; Dany Bebel Gisler, grande figure créoliste, qui est replacée au centre des tables rondes militantes depuis quelques années ; Anna J Cooper, du féministe radical, première autrice publiée dans notre catalogue. Et bien d'autres femmes. Pourquoi pas, des figures militantes de notre pays ? Qu'est-ce qui justifierait l'absence de leurs luttes au sein de nos archives ? Quel serait le sens de créer sans ces personnes qui ont rendu possibles nos espaces ?

« Évidemment, le milieu de l'édition caribéenne n'échappe pas aux rapports de domination, ni à la montée de la censure, et ni à l'extreme-droitisation des circuits de diffusion traditionnels. C'est d'ailleurs pour cela que nous nous attachons, avec Yékri, à développer un circuit alternatif, et créer une niche de partenaires indépendants, issus de la Caraïbe, de l'Afrique et l'Europe, pour réunir l'ensemble de cette diaspora autour d'un héritage commun. »

Tessa Naime

Nous aurions pu parler durant des heures mais nous avions besoin de transmettre autre chose. Et pour introduire autrement les valeurs-pilliers de notre maison d'édition, nous avons projeté notre film institutionnel, réalisé par Giovanny Scott. Ce film, intitulé Résonances, coordonné par Stella JW Bichara, proposait une expérience multi-sensorielle, dont seuls les plus attentifs pouvaient s'en délecter.

Ce n'est qu'après ce moment très intime que Brother Jimmy, notre auteur, s'est présenté au public, avant de nous offrir un moment de lecture à voix haute. Il s'est exprimé vivement sur l'impulsion d'écrire et de publier, sur le passage intimidant de l'écriture à la publication. Son message était clair : une figure majeure du militantisme culturel a accordé sa confiance à une jeune maison d'édition engagée, en étant bien conscient des difficultés qu'elle pouvait rencontrer.

« Je n'avais pas l'intention d'écrire un livre. C'est quelqu'un qui m'a dit "Mè tou sa ou ja viv, ou pé maké on liv !". Et ensuite, j'ai été en contact avec Tessa, Anthony, Elodie. Ce sont des jeunes qui ont fait ce travail ! C'est un honneur, pour moi, de soutenir cette jeunesse. Merci à l'équipe Yékri Editions ! »

Brother Jimmy

Ensuite, l'auteur, ému et porté par le désir de transmission, signait des livres devant une longue file d'attente, tandis que le reste du public réseautait ou se ruait sur les autres œuvres de notre catalogue.

Brother Jimmy et une lectrice lors de la soirée d'inauguration
Soirée d'inauguration de Yékri Editions, credits photo : Terrence Skuuw

En publiant son autobiographie, Naissance et Renaissances, ce grand homme nous rappelait son engagement et le rôle qu'il a tenu dans une Guadeloupe en pleine construction sociale et identitaire. Il nous a convaincu : Brother Jimmy étant l'une des voix les plus marquantes de sa génération, son héritage est aussi le nôtre.

Naissance et Renaissances, c'était aussi cela : raconter comment, au plus profond de nous-mêmes, se construisent des espaces d'expression et de culture. Comment se forge-t-on, enfant du pays, dans le déracinement, la violence, l'amour et à travers la musique. Comment nous vivons l'identité, l'éducation, le rapport Mère-fils, le rapport Père-fils, le modèle monoparental, en société colonisée. Et surtout l'exil de nos êtres, dans l'ailleurs, à l'image du BUMIDOM (période clé de l'Histoire).

Naissance et Renaissances, c'est bien l'histoire d'un enfant du pays, extrait brutalement du milieu qu'il connait, pour aller vers le « meilleur ». C'est l'histoire d'un enfant qui devient Homme et qui doit survivre dans une France coloniale, au cœur même des foyers et des ghettos. C'est l'histoire d'un Guadeloupéen qui a tout fait pour s'en sortir et réaliser quelques-uns de ses rêves. Et c'est l'histoire d'un porteur de Mémoire qui doit tout simplement transmettre désormais à nous, à nos enfants, aux gens du Monde.

C'est ce livre-phare qui s'est placé au centre de nos discussions, ce 11 avril, pour insuffler à d'autres voix du peuple une forme de résistance : celle de se raconter soi-même, de documenter notre histoire, nos vies, et d'en créer des empreintes ineffables. Oui, ce livre a été choisi pour dire : « Ne cessons jamais de nous écrire ! »

Autour de ce puissant message, nous avons réussi à réunir un tas de personnes intéressées par l'idée de devenir des acteurs de transmission, des personnes portées par l'amour de la littérature, par l'amour du pays, des artistes, des consommateurs.rices d'art, des amoureux des mots et tout un tas de gens qui font et font vivre la Culture.

L'équipe Yékri Editions aux côtés de Brother Jimmy et d'Anne-Gaelle Lubino
L'équipe Yékri Editions, aux côtés de l'auteur Brother Jimmy et de Anne-Gaëlle Lubino, fondatrice du Café Papier. Credits photo : Terrence Skuuw.

Ainsi s'est terminée notre soirée, et sur ces notes : nous sommes un peuple de l'Oralité, et en ce sens, nous héritons bien entendu d'une expression vivante de nos maux. Et nous croyons profondément que la littérature demeure un outil crucial de conservation et de transmission. Plus que jamais, nous prenons à cœur notre mission, nous ouvrons la voie à une contre-violence, celle portée par Fanon et tant de théoricien(ne)s postcoloniaux, nous ouvrons la voie à une révolution culturelle, nécessaire et légitime pour nos sociétés. Et nous vous disons : Osons publier !

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