Brother Jimmy, passeur de cultures et bâtisseur de conscience noire
Portraits

Brother Jimmy, passeur de cultures et bâtisseur de conscience noire

Ludovic Moradel

Il existe des figures dont l'influence ne se mesure pas à la notoriété immédiate, mais à l'empreinte laissée dans les consciences. Des hommes qui œuvrent loin des projecteurs, mais dont le travail façonne durablement une culture, une mémoire et une identité collective. Brother Jimmy est de ceux-là.

Brother Jimmy
Brother Jimmy
Crédit photo : Yvan Cimadure-Mery

Pionnier de la culture sound system en Guadeloupe, Brother Jimmy fait partie des acteurs à l'origine des premières structures ayant permis l'émergence et la diffusion du reggae et du dancehall sur le territoire. À travers le Karukera Sound System, il contribue à installer durablement ces courants musicaux dans le paysage culturel antillais, tout en accompagnant l'éclosion d'artistes majeurs, parmi lesquels Admiral T. À une époque où ces musiques restent marginalisées, il en perçoit déjà la portée identitaire, sociale et politique.

Mais l'engagement de Brother Jimmy dépasse largement le cadre musical. Très tôt, il investit le champ médiatique comme espace de transmission. À la télévision locale, avec des émissions telles que Big Up, puis Reyel Attitude et Reyel en Mouvman, il offre une visibilité à de jeunes artistes et à une culture urbaine en construction, contribuant à structurer une scène longtemps absente des médias traditionnels.

Son œuvre la plus marquante demeure toutefois B.World Connection, diffusée pendant près d'une décennie sur Guadeloupe La 1ère. À travers cette émission, Brother Jimmy parcourt le monde à la rencontre de figures noires de la diaspora : inventeurs, chercheurs, écrivains, artistes, penseurs. Des parcours souvent invisibilisés, mais essentiels pour comprendre l'histoire et les apports du monde noir à l'humanité.

Dans un paysage audiovisuel majoritairement tourné vers le divertissement, B.World Connection propose une autre ambition : transmettre le savoir, restaurer la mémoire et reconnecter les Antilles à leur dimension diasporique. Pour de nombreux téléspectateurs, cette émission constitue une première rencontre avec une histoire noire globale, riche, plurielle et profondément humaine.

À travers son travail, Brother Jimmy a toujours défendu une vision fondée sur l'unité, le lien et la reconnaissance mutuelle entre les peuples noirs du monde. Une négritude assumée, ouverte et contemporaine, loin des caricatures ou des replis identitaires. Une négritude pensée comme force de compréhension et d'émancipation.

En ce mois de février, dédié au Black History Month, il est essentiel de rappeler que l'histoire noire ne s'écrit pas uniquement dans les grandes métropoles internationales. Elle s'écrit aussi en Guadeloupe, à travers des trajectoires comme celle de Brother Jimmy, qui a su faire de la musique et de la télévision des outils de connaissance, de transmission et de dignité.

Car aider un peuple à se souvenir de ce qu'il est, c'est déjà lui permettre de mieux choisir ce qu'il veut devenir.

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