De son vrai nom Gloria Jean Watkins, bell hooks est une intellectuelle et militante américaine née en 1952 aux États-Unis. Connue pour sa théorisation du black feminism, c'est une voix qui compte dans l'histoire des personnes dites noires. Engagée, philosophe, universaliste même, bell hooks s'inscrit dans la durabilité de son œuvre comme une autrice incontournable de XXe siècle.
Figure de proue de l'intersectionnalité, bell hooks dénonce les failles du féminisme traditionnel qui, tout en voulant donner la voix aux femmes blanches, nie ou "tokénise" les femmes de couleur. En se nourrissant de son expérience personnelle et de ses interprétations sociétales, elle montre que les femmes noires ne sont pas uniquement discriminées sur les bases du sexisme mais que d'autres ségrégations s'y ajoutent (racisme, pauvreté, séparation spatiale...). Ses problématiques non abordées par le white feminism témoignent d'une volonté de faire perdurer les différenciations et stratégies de domination enseignées par le système capitaliste et patriarcal. La femme blanche chercherait à remplacer l'homme blanc au sommet de l'échelle. L'usage d'une narration simple et universelle tend à la diffusion du message de cette militante.
En exposant les réalités, les voix et l'importance des femmes dites noires, bell hooks s'impose comme véritable figure du black féminism.
Dans All about love, l'amour est un acte révolutionnaire et non une émotion à laquelle on succombe par peur ou faiblesse de l'âme. L'amour, loin de ces interprétations romantiques et érotiques que la culture veut lui attribuer, est une force spirituelle exceptionnelle. Dans une société qui banalise la violence et le culte de la mort tout en promouvant une image erronée de l'amour, l'amour de soi est un acte révolutionnaire. S'aimer et s'apprécier en tant que personne dite noire, c'est déconstruire le discours raciste de l'oppresseur. C'est se prioriser, mieux choisir ses relations amoureuses, voir les failles du système et définir le monde selon ses propres règles.
Dans un espace intellectuel où les hommes théorisent la question de l'amour, l'auteure montre que les femmes peuvent s'approprier des sujets intellectuels et qu'elles doivent porter leur voix. Intégrer l'amour à notre quotidien, se pardonner, déconstruire les obligations performatives du capitalisme, entretenir les liens familiaux hors de la famille nucléaire, tout cela participe à s'opposer à un système défaillant.
Le choix de la vulnérabilité, de sa propre vulnérabilité, dans ses écrits pousse le lecteur à développer une proximité avec l'autrice. En présentant les mêmes défauts de tout en chacun, en instaurant de la compassion et du pardon envers elle-même, elle se rend plus humaine à nos yeux. D'ailleurs, elle assume le rejet du caractère prétentieux des intellectuels de son époque (elle refuse les majuscules à son nom de plume). Le ton accessible de ses œuvres participe à intéresser un lectorat mixte (hommes comme femmes) autour de questions parfois existentielles.
Bell hooks ne se cantonne pas uniquement aux problèmes politiques et sociaux. Elle va plus loin en prêchant le caractère transcendantal de l'amour auquel elle croit fermement. Parce que c'est en aimant que l'on valorise la vie, que l'on prend soin des autres et que l'on se respecte mutuellement.
